jeudi 21 juillet 2016

Anne Teresa de Keersmaeker - La Nuit transfigurée (Théâtre de la Ville - 15 Juin 2016)

Au départ, un homme et une femme. Puis l'homme s'éloigne, et un autre le remplace. S'ensuit un long pas de deux, sur plateau nu, avec la musique de Schönberg en fond sonore. C'est un peu peu. Moins de cercles et de spirales que d'habitude, plus de diagonales. Rien de bien passionnant. Et comme cette musique me laisse toujours aussi peu intéressé, je m'ennuie tranquillement. Heureusement, pour une fois, c'est court (40 minutes, durée dictée par la pièce de Schönberg).

la nuit transfigurée

dimanche 17 juillet 2016

EIC - Temps réel (Cité de la Musique - 10 Juin 2016)

Aureliano Cattaneo - Corda

Le piano est augmenté par des capteurs midi et autres gadgets qui permettent de déformer les sons ou de lancer des séquences, elles-mêmes dérivées de sonorités pianistiques. Comme souvent, l'effet catalogue et démonstration guette. J'aime bien certains sons, comme une sorte de crotale mystérieux et inquiétant, ou le jeu sur les résonances graves.

Brian Ferneyhough - Inconjunctions

Il y a quatre parties aux caractères très différents, disposées autour d'un panneau central finalement beaucoup plus intéressant et original, où les musiciens jouent très doucement un entrelacs de lignes, pour un résultat à la fois statique, et mouvant sans aucune répétition.

Beat Furrer - linea dell'orizzonte

Le livret explique : "de l'imbrication des voix émerge une étude des effets d'ombre par distorsion". Je ne sais pas trop ce que cela signifie ... Cela n'empêche pas la musique d'être très prenante, nerveuse, pleine d'accents étranges, de sonorités disparates, contrastées ; des affrontements ont lieu en arrière-plan, il y a des clairs-obscurs pleins de tensions et de dangers, une vie s'agite frénétiquement dans les (sont-ce celles-ci ?) ombres.

Yan Maresz - Tutti

C'est indéniablement de la bonne musique bien efficace, avec des effets divers et variés, des séquences pour tous les goûts, et du travail bien foutu, mais ça ne me touche pas. J'écoute sans déplaisir, mais sans passion, et en oubliant au fur et à mesure.

Ailleurs : ResMusica

Airelle Besson Quartet (Café de la Danse - 8 Juin 2016)

Olivier Bogé, Tony Paeleman

Olivier Bogé nous explique que les morceaux joués ce soir sont destinés à un ensemble de musiciens bien plus conséquent. Pourtant, la plupart des morceaux tiennent fort bien, dans cette réduction en duo (l'un des derniers aurait sans doute supporté une lente montée en puissance, difficile à produire ainsi allégé). Olivier Bogé alterne entre guitare (instrument où je le préfère, de loin) et saxophone, Et Tony Paeleman se cantonne au piano, sans aucune électricité. Musique de voyage et de paysages, tranquille, bien réalisée, très agréable.

Airelle Besson Quartet

Le plateau est presque coupé en deux. A droite, les deux hommes. Benjamin Moussay aux claviers (je découvre que les lignes de basses ne sont pas jouées sur un pédalier d'orgue, mais sur un mini-clavier spécifique posé sur le piano) organise une bonne part de la musique. Fabrice Moreau reste un batteur d'une suprême élégance, qui même dans les courses haletantes joue de micro-décrochages, des décalages, des éclairages qui apportent surprise, fraîcheur, émotion. A gauche, les deux femmes. Isabel Sörling chante pieds nus, corps agité de longues extensions et frémissements, en accord avec sa voix envoûtante, et une main posée sur les multiples pédales d'effets, presque autant que Moussay. Et enfin, Airelle Besson, qui chante elle aussi, mais avec sa trompette, les deux lignes parfois fusionnant, ou se complétant, dans la joie légère, dans l’exubérance sage, dans l'enchantement et la tendresse. Airelle Besson présente aussi quelques morceaux, mais elle peut à cet exercice s'améliorer.
C'est la première fois que je me rends dans cette salle, l'acoustique est excellente, la vue sur la scène parfaite, et le public, du moins pour ce soir, très enthousiaste et ovationnant. Une soirée très très plaisante, et une salle à ajouter dans ma surveillance des programmes.

airelle besson quartet au café de la danse

Berg Mahler (Philharmonie de Paris - 19 Mai 2016)

Alban Berg - Concerto pour Violon

C'est une belle version de cet "A la mémoire d'un ange" que nous offrent Isabelle Faust en soliste et Daniel Harding, pour la première fois ce soir chef de l'orchestre de Paris. Belle, soignée, fignolée, mais un brin trop parfaite et intériorisée ; il me manque le frisson d'émotion, la pointe de douleur dans les gencives ou dans l'estomac.
En bis, un extrait énigmatique, forcément énigmatique, de "Signs, games and messages" de Kurtàg.

Gustav Mahler - Symphonie n°4

Je pensais ne pas trop aimer cette symphonie, trop heureuse et gentille. Mais l'interprétation de ce soir la présente sous un jour adorable, pétillante de détails, gourmande, généreuse en soli et en arrangements orchestraux délicieux ! Un grand bonheur, dont je ne décroche pas une seconde !

mahler 4

AilleursDidier van Moere, Anaclase

Emile Parisien Quintet (Le Triton - 14 Mai 2016)

En parallèle avec son quartet et un nombre non négligeable de projets annexes, Emile Parisien lance donc un quintet, qui cherche encore son répertoire, piochant dans les compositions des différents membres. Au plaisir d'entendre le saxophoniste, toujours aussi ample, lyrique, nerveux, et spectaculaire sur scène, s'ajoute celui de retrouver Manu Codjia, pas vu depuis longtemps, et celui de découvrir le pianiste Joachim Kühn, au discours plein de brisures, de dérives et d'incises (mais ma position dans la salle me permet d'entendre la guitare bien plus aisément que le piano). En paire rythmique, il y a Mario Costa à la batterie, qui m'a fait pas mal penser à Christophe Marguet, et Simon Tailleu à la contrebasse, déjà vu avec Youn Sun Nah, et qui reste toujours aussi discret, solidement planté à l'arrière-plan.
Les morceaux choisis, d'ambiances assez diverses, dessinent un paysage en formation. A suivre, donc.

emile parisien quintet

lundi 6 juin 2016

Festival La Voix Est Libre - Les Amours Poly-gammes (Cirque Electrique - 13 Mai 2016)

Il y a du y avoir une petite défaillance de communication pour ce festival, dont je n'ai récupéré le programme qu'assez hasardeusement. D'habitude, il avait lieu au Théâtre des Bouffes du Nord, mais cette année, il se disperse entre plusieurs lieux, dont ce Cirque Electrique, qui me spamme depuis plusieurs années, mais où je n'avais jamais mis les pieds. Et la défaillance de communication s'est doublée d'une défaillance d'organisation ; indiquer 20h30 comme horaire de début, mais n'ouvrir le chapiteau qu'une heure plus tard, et continuer à y faire entrer des gens à près de 22h, ce n'est pas du tout correct. Le retard s'accentuera encore entre les deux parties, forçant des départs prématurés pour cause d'horaires de transports en communs. Enfin, je ne sais pas trop d'où sortait ce public, si c'étaient des habitués du lieu, mais entrer et sortir sans arrêt, en passant devant les artistes en train d'improviser, c'est carrément irrespectueux. J'ai l'impression que beaucoup de gens étaient là un peu par hasard, et se comportaient comme dans un festival de Rock, entrant de temps en temps voir ce qu'il se passait, avant de ressortir aller boire une bière. Tout ça donnait un cadre plutôt déplorable à la soirée.

Violaine Lochu, Marie-Suzanne de Loye, Sanja Kosonen

La soirée commence avec un duo : Marie-Suzanne de Loye à la viole de gambe, qu'elle utilise un peu comme un violoncelle, en pizz ou à l'archet, ou en bouclant au pied, de façon assez belle et sage qui m'a fait plusieurs fois penser à Vincent Courtois ; Violaine Lochu à l'accordéon, et surtout à la voix, qui part dans tous les sens, un feu d'artifice enchanteur et à tout instant surprenant, presque comme une Youn Sun Nah sans contrôle - elle commence une chanson en avalant un peu d'eau pour faire des borborygmes ... Leur duo est drôle, et Violaine Lochu est pour moi la découverte de la soirée.
Pour les accompagner, Sanja Kosonen traverse la scène sur un fil de fer, équilibriste rousse qui joue à la sorcière derrière un masque de bois, ou qui multiplie les risques sur son fil, perchée sur des talons aiguilles.

la voix est libre - les amours poly-gammes

Claudia Solal, Benjamin Moussay

Lui au piano, elle à la voix, leur duo ressemble à un récital assez classique, un peu trop tenu pour ne pas être un peu terne.
Il faut attendre que les premières protagonistes les rejoignent et les bousculent pour que Claudia Sola en particulier se lance dans des dérapages plus intéressants.

la voix est libre - les amours poly-gammes

Et c'est la fin de la première partie.

la voix est libre - les amours poly-gammes

Edmond Baudoin, Yann Tambour, Laura Perrudin

Le fil de fer est enlevé, remplacé par un dispositif permettant à Edmond Baudoin de dessiner à l'encre de chine des scènes, portraits, paysages, images oniriques, qu'une caméra, malheureusement capricieuse, projette sur grand écran.
On commence par Yann Tambour, connu sous le nom de Stranded Horse, à la guitare et à la voix. C'est pas très intéressant, sa voix est très quelconque, et les chansons sont assez plates.
Beaucoup plus enthousiasmante est la harpiste Laura Perrudin, qui comme beaucoup d'artistes ce soir, utilise les boîtiers pour enregistrer de courtes phrases musicales ou vocales et les rediffuser en boucle ; elle crée ainsi boucle après boucle  des morceaux complexes, c'est un travail technique de haute précision et parfaitement maîtrisé. Lorsque Yann Tambour se met à la kora, l'échange des sonorités devient assez captivant.

la voix est libre - les amours poly-gammes

Nosfell, Babx, Julien Lefèvre

Nosfell, à la voix et guitare, vit intensément sa musique, qu'il lance par de grands feulements dans les aigus, tout en se tordant sur scène de façon très expressive. Babx, au contraire, très sobre derrière son piano, joue dans un ambitus très étroit, des comptines cruelles. Du violoncelliste Julien Lefèvre, je n'ai pas de souvenirs.

la voix est libre - les amours poly-gammes

Et c'est la fin de la seconde partie.

la voix est libre - les amours poly-gammes

Ailleurs : Plus de photos sur mon compte Flickr

Cloud Gate Dance Theatre de Taïwan - Rice (Théâtre de la Ville - 24 Avril 2016)

Pour sa première venue au Théâtre de la Ville, le chorégraphe Lin Hwai-min et sa troupe du Cloud gate, très connue à Taïwan, nous présentent un spectacle basé sur le cycle de la culture du riz. Si je reconnais aisément certains mouvements qui évoquent en effet le plantage du riz, d'autres sont plus mystérieux, qui font par exemple intervenir du feu et de longues perches qui claquent sur le sol. A ce travail thématique se superposent le cycle des saisons, et l'intervention des différents éléments, en particulier dans les vidéos diffusées en fond de scène pour servir de décor. Le conceptuel l'emporte finalement sur l'origine paysanne des mouvements. Et des séquences au son de la Norma de Bellini, ou de la 3ème symphonie de Mahler, s'en éloignent encore davantage.
Du coup, je trouve le tout un peu rigidifié par sa prétention, joli mais sans émotion, et en fait un tantinet rasoir.

cloud gate dance theatre

Ailleurs : Danse avec la plume